•  En écho à Annick et à Martine, un texte qui dormait dans mes tiroirs

     

    Derrière le rideau

     

     

       Demain, je serai vieille. Je resterai des heures, assise à ma fenêtre, derrière un rideau blanc souligné de dentelle. Je verrai les oiseaux dans le ciel à la tombée du jour, les nuages changeants effilochés de rose, un chat sur les toits gris, levant son petit nez dans la douceur des soirs d’été.

       Je ne parlerai plus. Je serai toute entière à ma tâche, absorbée de silence et les êtres que j’ai connus hier ne me connaîtront plus. Ils seront là pourtant, figés dans un instantané bruissant et coloré, glissant le long des jours comme de preux fantômes à l’orée des forêts.

       Et moi, enfin, je pourrai être moi. Plus besoin de paraître. Je pourrai être moi dans l’oubli et l’abandon des autres. Oubliée ! Quel joli mot que celui là qui se déplie avec légèreté, qui sent bon le pardon et l’absence, la poussière et le renoncement.

       Certains viendront encore, empêtrés de sourires gênés et de fausses excuses.

    -  Nous sommes désolés, nous sommes tellement, tellement occupés ! Il y a tant à faire ! On se dit : « aujourd’hui, nous irons ! » Et puis, et puis…

    - Ne soyez pas désolés si vous m’avez oubliée ! Je peux bien vous le dire, je crois bien que moi aussi je vous ai oubliés !

       Alors, il vous faudra passer votre chemin et me laisser en paix dans ce lent tête-à-tête, avec cet invisible qui palpite si fort en lisière de moi, le glissement des heures sur des plages de brumes où je marcherai seule.

       Je laisserai errer le flot de mes pensées sans vouloir les trier, les ranger, encore moins les ordonner. Je serai transparente et tout enfin pourra me traverser. Je ne retiendrai rien. Je laisserai passer la vague et le fleuve des mots et l’angoisse et la peur, les joies, les peines,  les regrets déchirants…

       Toute une vie pour parvenir au vide qui vous relie à tout, à la douce lucidité de mon effacement.

     


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    Se mettre au vert ou aux vers ?

    Pendant que Monsieur très affairé prépare le petit déjeuner

     

     

    Se mettre au vert ou aux vers ?

    Madame est au SPA, un bain de boue très stimulant à la ciboulette fraîche

     

     

    Se mettre au vert ou aux vers ?

    Vertige du petit merlot qui vient de quitter son nid

     

     

    Se mettre au vert ou aux vers ?

    Courage petit, c'est trop cool par ici

     

     

    Se mettre au vert ou aux vers ?

    Il y a même des flamants roses et le chat dort

     

     


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  • En écho à Manou qui nous a récemment parlé de cette mode du galet peint

    https://www.bulledemanou.com/2021/03/un-galet-decore-love-on-the-rocks-au-bord-d-un-chemin-en-provence.html

    je voulais vous montrer ceux que nous avons réalisés avec notre petit fils venu se confiner chez nous lors de la fermeture des classes.

    Mais avant tout, la récolte sur les bords du Tarn, à Ambialet, un très joli village situé  sur une presqu'île créée naturellement par un méandre, le plus étroit d'Europe paraît-il ! De nombreuses promenades autour de ce site permettent d'en admirer la beauté et l'étrangeté.

    Galets peints

    un petit clic sur les photos si vous souhaitez les voir en grand

     

    Galets peints

     

    En toute modestie,quelques unes de nos réalisations. Contrairement à ce qui se fait généralement nous n'avons laissé aucune adresse sur les galets.

     

    Galets peints

     

    Galets peints

     

    Galets peints

     

    Galets peints

    Puis, nous sommes revenus  à Ambialet où nous en avons laissé deux:

    le premier, sur le sentier escarpé du chemin de croix qui monte au Prieuré ainsi qu'à son église du XIème siècle, Notre Dame de l'Oder ,

     

    Galets peints

      

    Galets peints

     

    Galets peints

    le second, dans le chemin du petit bois qui redescend le long du Tarn.

     

    Galets peints

     

    Lors de chaque abandon, ce fut l'occasion de sérieuses discussions pour savoir  à quel endroit le galet serait le plus visible tout en étant le mieux protégé.

    Sur le retour, quelques jolies rencontres:

     

    Galets peints

     

    Galets peints

     

    Galets peints


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  • En écho à Durgalola qui publiait ce matin un texte qui m'a beaucoup touchée

    http://petitesgraines.eklablog.com/le-jeudi-en-poesie-avec-le-printemps-des-poetes-a207242646je

     je publie à nouveau ce texte qui était sur mon ancien blog.

     

    Ça vous prend tout d’un coup cette envie de retourner la terre ! Ça dort pendant des mois et puis soudain c’est là, un besoin, une force qui bouscule le sang et traverse le corps. Ça ne peut s’expliquer. Pourtant, le printemps dort encore et tout près du ruisseau, les chênes gardent jalousement leurs vieux tutus de feuilles mortes. La cloche sonne clair dans le froid du ciel dur, mais l’idée suit sa route, le désir, son chemin.

    Ce sont des choses qui ne se pensent pas ! C’est comme un rendez-vous avec on ne sait qui, un besoin impérieux, une faim  qui s’éveille et fait battre le cœur.

    Oui, ça dort pendant des mois et un beau jour c’est là et me prend toute entière ! Alors, je flaire l’air comme le font les chats. Je me dis : « C’est trop tôt !» mais quelque chose est là qui me dit le contraire, une tendresse infime venue de nulle part, une invite du vent qui s’est fait plus léger, une odeur  oubliée qui soudain ressurgit.

    Et puis, je sors les bottes et je vais visiter la cabane à outils. La terre est posée là comme un défi, un tout petit carré dans le fond du jardin que le soleil arrose. Alors, sans réfléchir, je retrouve les gestes inscrits depuis toujours dans le tissu des liens qui unissent les hommes au profond de la terre. C’est comme un rite ancien, une antique prière !

    Le pied se pose seul sur le haut de la fourche,

    le corps s’est préparé à l’effort retrouvé.

    Dès lors, plus rien ne compte que ce lent tête à tête,

    le craquement  tant attendu de la terre qui cède,

    la tension du jardin qui soudain se dénoue,

    le petit cri soyeux de la bêche qui me dicte mon rythme,

    la chaleur du soleil qui fait chanter mon dos.

     

    Besoin de terre

     

    Photo prise cette semaine en catimini par mon mari pendant que je plantais un abélia et une clématite. En arrière plan un petit jardin suspendu en permaculture qui m'a donné de belles salades tout l'hiver. Les merles l' apprécient beaucoup car je l'ai amendé en compost pour le garnir  à nouveau et il grouille de vers de terre. Les piquets à tomates sont là pour signaler les dahlias en dormance. Je les ai chapeauté de petits pots de terre car je me suis souvent accroché le visage à leur bout peu amène

    Besoin de terre

     un petit clic sur la photo

     


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    Où sont les ânes ??? suite et fin

     Où sont les ânes ??? suite et fin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Son père Anatole le prit fort mal et fut anéanti quand il lut la sentence annotée par  la maîtresse sur le carnet de notes : « Ananas devrait peut-être consulter à Saint Anne. Son indiscipline ne lui vaudra que des anicroches ».

    Sa mère Annette en fut toute retournée et après avoir traité l'enseignante de vieille ganache tout juste bonne à tirer une banne, elle déclara que le fait de mettre de l’animation dans cette classe d’anesthésiés ne prouvait en aucun cas que son fils fut anormal.

     

    Où sont les ânes ??? suite et fin

    Où sont les ânes ??? suite et fin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ananas lui, très intrigué par cette histoire d’anachorète se mit à collectionner les mots et pour son anniversaire, il demanda un dictionnaire. C’est ainsi qu’il découvrit avec bonheur des mots qui chantaient à ses oreilles d’âne. Pour ne pas les oublier il les recopia dans un petit carnet qu’il partagea en deux parties : d’un côté les mots durs de la maîtresse de l’autre ceux qui le berçaient doucement.

    Ceux-là,  il se les redisait en boucle le soir avant de s’endormir : anacoluthe, anatomie, analogie, anille, anel, anophèle, analème, mais aussi badiane, balzane, valériane, tramontane, sarbacane, sardane, lucane, gitane, océane…

    Il en dessina même quelques uns qu’il offrit à Anémone, la petite ânesse du pré voisin, celle dont le pelage était aussi soyeux qu’une panne de velours.

     

     

     Où sont les ânes ??? suite et finOù sont les ânes ??? suite et fin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C’est ainsi que, malgré sa maîtresse  qui l’avait frappé d’anathème, il apprit tout seul à lire et à écrire sans ahaner bêtement comme le souhaitait l’institution ânière. Et plutôt que d’aller se chercher un maître à la foire d’Annecy, il préféra mêler ses mots et ses rêves à ceux des poètes inspirés par ses modestes frères, tous ceux qui ont chanté leur douceur, leur sagesse et le bonheur de vivre à leurs côtés : Francis Jammes qui voulait aller au paradis avec des ânes, Stevenson qui mis ses pas dans ceux de Modestine, Juan Ramón Jiménez et son petit Platero qui aimait tant les mandarines et le raisin muscat.

     

     


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