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    Où sont les ânes ??? suite et fin

     Où sont les ânes ??? suite et fin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Son père Anatole le prit fort mal et fut anéanti quand il lut la sentence annotée par  la maîtresse sur le carnet de notes : « Ananas devrait peut-être consulter à Saint Anne. Son indiscipline ne lui vaudra que des anicroches ».

    Sa mère Annette en fut toute retournée et après avoir traité l'enseignante de vieille ganache tout juste bonne à tirer une banne, elle déclara que le fait de mettre de l’animation dans cette classe d’anesthésiés ne prouvait en aucun cas que son fils fut anormal.

     

    Où sont les ânes ??? suite et fin

    Où sont les ânes ??? suite et fin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ananas lui, très intrigué par cette histoire d’anachorète se mit à collectionner les mots et pour son anniversaire, il demanda un dictionnaire. C’est ainsi qu’il découvrit avec bonheur des mots qui chantaient à ses oreilles d’âne. Pour ne pas les oublier il les recopia dans un petit carnet qu’il partagea en deux parties : d’un côté les mots durs de la maîtresse de l’autre ceux qui le berçaient doucement.

    Ceux-là,  il se les redisait en boucle le soir avant de s’endormir : anacoluthe, anatomie, analogie, anille, anel, anophèle, analème, mais aussi badiane, balzane, valériane, tramontane, sarbacane, sardane, lucane, gitane, océane…

    Il en dessina même quelques uns qu’il offrit à Anémone, la petite ânesse du pré voisin, celle dont le pelage était aussi soyeux qu’une panne de velours.

     

     

     Où sont les ânes ??? suite et finOù sont les ânes ??? suite et fin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C’est ainsi que, malgré sa maîtresse  qui l’avait frappé d’anathème, il apprit tout seul à lire et à écrire sans ahaner bêtement comme le souhaitait l’institution ânière. Et plutôt que d’aller se chercher un maître à la foire d’Annecy, il préféra mêler ses mots et ses rêves à ceux des poètes inspirés par ses modestes frères, tous ceux qui ont chanté leur douceur, leur sagesse et le bonheur de vivre à leurs côtés : Francis Jammes qui voulait aller au paradis avec des ânes, Stevenson qui mis ses pas dans ceux de Modestine, Juan Ramón Jiménez et son petit Platero qui aimait tant les mandarines et le raisin muscat.

     

     


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    L'âne Ananas  1ère partie

     

    L’âne Ananas était d’un naturel curieux. Tout petit déjà, il aimait flâner au milieu des gentianes du pré pour y observer à loisir le petit monde laborieux des insectes. Il était surtout fasciné par l’ingéniosité des fourmis qui ne reculaient devant rien pour aller jusqu’au bout de leur tâche. Parfois, il s’amusait à installer sur le passage de leur caravane affairée des obstacles variés, de minuscules rivières, des labyrinthes compliqués, des murs de lianes, des dos-d’âne, juste pour voir comment elles allaient s’organiser entre elles et parvenir à dompter les nouvelles données du terrain. Ce furent ses premières expériences.

     

    Bientôt, il lui fallut aller à l’école, mais au lieu d’ânonner son alphabet avec les autres, tout comme le cancre de Prévert ou l’étranger de Baudelaire, il s’évadait par la fenêtre de la classe pour observer le ciel et les nuages, « les merveilleux nuages ». Il se perdait souvent dans la contemplation des rayons de lumière qui projetaient les ombres des arbres au plafond de la classe. Cela dansait, cela bougeait, racontait des histoires à n’en plus finir.

     

    L'âne Ananas  1ère partie

     

     

    Sa maîtresse, une vieille ânesse anorexique se fâchait souvent contre lui et l’envoyait au coin en le traitant d’analphabète. Mais Ananas était d’un naturel doux et docile et plutôt que de ressentir de l’animosité contre elle, il s’y rendait en agitant gentiment ses oreilles et sa queue. C’est en découvrant ce spectacle mouvant sur le mur du fond qu’il eut l’idée d’un théâtre d’ombres. Sa queue devint un gros anaconda dissimulé dans la savane, ses oreilles un oiseau, un papillon, un deltaplane, ou bien deux petites korriganes perdues dans la forêt. Quant à ses pattes, il les fit sautiller joliment dans une sorte de pavane pleine de grâce. Bien sûr, toute la classe ricana. Mais au lieu de le féliciter pour son inventivité (pour l’anecdote, il venait tout de même d’inventer l’ancêtre du dessin animé) la maîtresse le mit à la porte en le traitant d’anarchiste et elle déclara excédée que ce n’était pas avec de telles âneries qu’il allait se trouver un maître à la foire d’Annecy. Peut-être devrait-il songer à se construire une cabane au fond des bois pour devenir anachorète.

     

    L'âne Ananas  1ère partieL'âne Ananas  1ère partie

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    à suivre ....

     

    Annexe  : Cette histoire un peu bête m’a été inspirée par les dessins de Phillipe Geraud qui décoraient  les murs d’un gîte dans lequel j'ai dormi lors d’une randonnée. Si par le plus grand des hasards ce dessinateur passe par là  et s’il offusque de voir que j'ai utilisé ses dessins sans sa permission,  qu’il me le dise, je les enlèverai aussitôt. Merci à lui

     

     


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    Il était un peu nerveux. Il ne savait pas du tout comment il serait accueilli. Se produire en dehors du cirque, c’était pour lui une expérience nouvelle. Les enfants et leurs rires allaient lui manquer, mais aussi,  la chaleur de la piste, les particules de poussière qui dansaient dans la lumière, l’odeur des animaux, l’orchestre qui accentuait le moindre de ses gestes ! Il était trop tard pour reculer ! Il y avait longtemps qu’il avait envie de démarrer cette tournée parallèle dans plusieurs établissements : hôpitaux, maisons de retraite, prisons.

             Devant lui, la gardienne ouvrait froidement une série de portes aux serrures complexes. D’ordinaire, quand il se trouvait dans un endroit nouveau, il fonctionnait comme une éponge. Il enregistrait avec un grand sens du détail tout ce qui l’entourait et s’en servait ensuite pour étoffer ses numéros. Mais dans ce couloir sans fin, baigné dans une lueur glauque venue de nulle part, chacune des portes qui se refermaient lui étreignait le cœur.     

    Il arriva d’un coup dans la lumière, projeté dans ce petit espace, en essayant de cacher de son mieux l’angoisse qui lui serrait le ventre. Il évalua d’un coup d’œil rapide cette centaine de femmes vêtues de joggings et de tee-shirts informes. Il flottait dans la salle un parfum de tabac et de parfums bon marché. Certaines avaient fait un effort et s’étaient maquillées. Aussitôt, les répliques fusèrent, drôles, cyniques, décalées, obscènes parfois. Elles se protégeaient comme elles pouvaient du trop plein d émotions qui risquait de les envahir. Elles étaient malgré tout bon public et l’échange était stimulant, même si l’alchimie n’était pas la même que sous le chapiteau.

             Dès le départ, il s’était cherché une ou deux accroches dans le public, un regard un peu plus attentif, une allure différente, une manière de rire … Très vite, il l’avait remarquée, légèrement en dehors du groupe, en bout de rang, les yeux tournés vers la fenêtre. Ce qui le frappa d’emblée, c’était sa façon d’être en dehors de tout, murée dans une sorte d’univers inaccessible aux autres. De ce corps longiligne et terriblement droit, de ce visage inerte, émanait une sorte de frontière invisible qui tenait le reste de la salle à l’écart. Elle faisait presque peur, pourtant elle l’attirait comme un grand puits sans fond.

    Il se mit à vider le contenu ses poches : l’énorme clé avec la chaussure qui couine, le bandonéon asthmatique, l’immense serviette qu’il noua autour de son cou, la plante factice qui se mit à pousser lorsqu’il l’arrosa, le bout de papier qui lui servait de lettre et dont il changeait la teneur en fonction de l’inspiration du moment. Elle pouvait être une lettre de sa mère, une lettre de rupture ou de licenciement, mais là, sans trop savoir pourquoi, il en fit une partition musicale qu’il se mit en devoir de déchiffrer de façon maladroite. Il se grattait la gorge, faisait des vocalises, tentait de placer sa voix comme une cantatrice loufoque. Note après note, l’image de son grand-père qui poussait la chansonnette à la fin de toutes les fêtes de familles s’imposa à lui et il improvisa sur le thème de la sérénade de Toselli qu’il décida de chantonner à la façon d’un amoureux transi et bafouilleur tout en s’accompagnant de son bandonéon.

    Dans la salle, les femmes l’apostrophaient bruyamment, cherchant la surenchère dans les réparties grivoises ! Les matonnes hésitaient entre le rire et l’intervention. Dès le début de l’air, il perçut un changement dans son maintien. Elle ne regardait plus vers la fenêtre, sa tête avait légèrement basculé sur le côté, elle avait joint les mains sous le menton, un peu de rose avait surgi tout en haut de ses joues comme si quelque part, un petit feu venait de s’allumer. Il eut la sensation qu’un fil très mince s’était tendu entre elle et lui. Il sentit la fissure, le verrou qui venait de sauter, les petits bouts d’histoire qui tentaient de faire surface. Il lui sembla même que ses lèvres murmuraient avec lui.

    À la fin du numéro, elle ne se leva pas, n’applaudit pas avec les autres. Elle continuait de le fixer, immobile, les yeux soudain remplis de larmes. Il quitta la prison comme un somnambule dans un sac de coton. Deux mois plus tard, on lui remit une lettre fatiguée, couverte de tampons et qui avait dû le poursuivre sans succès dans un grand nombre de villes. Sur l’enveloppe il lut : Monsieur Patoche, Clown au cirque Médrano, France. Quand il l’ouvrit, il revit tout de suite le visage grave et triste de cette femme qui l’avait tant ému. Elle lui disait qu’elle était enfin sortie de prison, qu’elle avait bénéficié d’une remise de peine, qu’elle avait retrouvé ses enfants et qu’elle aurait bien aimé venir l’applaudir  avec eux mais qu’elle ne savait pas dans quelle ville son cirque allait passer. Alors, il sortit de sa poche son petit bandonéon et se mit à chanter :

    Viens le soir descend

    Et l’heure est charmeuse

    Viens, toi si frileuse

    La nuit déjà comme un manteau s’étend … 


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  • Un texte écrit il y a longtemps. J'ai repensé à lui en chantant lundi avec ma mère sur Whatsapp cet air qu'elle chante encore avec sa belle voix de soprano. De grands pans de sa mémoire se sont envolés mais elle se souvient encore des airs qu'elle a toujours chantés, une façon comme une autre de communiquer.

     

     

    Lui 

    Tous les soirs, c’est le même rituel ! Il surgit dans la lumière, arpente l’endroit d’un air préoccupé, examine le sol, repousse de son pied quelques cailloux imaginaires, déplie son pliant de façon extrêmement méticuleuse, vérifie son aplomb et s’assoit en clignant des yeux d’aise ! Puis, tout aussi méthodique, le voilà qui se met en devoir de vider le contenu de ses poches : une énorme clé à laquelle est attachée une chaussure qui couine (ça l’amuse beaucoup !), un bandonéon asthmatique, une immense serviette qu’il noue  précautionneusement autour de son cou, une plante factice qui se met à pousser lorsqu’il l’arrose avec son petit arrosoir, une lettre qui lui arrache un flot de larmes et, enfin, un minuscule sandwich qu’il picore amoureusement en le faisant durer !

    Mais voilà que surgit derrière lui, un autre personnage qui avance à pas de loup et lui balance un pétard sous la chaise ! Il fait alors un bon de deux mètres en avant, tourne effaré comme une toupie en essayant de sauver son maigre butin … La foule hurle  de rire, les enfants crient : « Patoche ! Patoche ! Patoche ! » Il est clown au cirque Médrano !

    Il aurait pu sans doute se choisir une tout autre route, un tout autre destin ! Dans sa famille, on était militaire, juriste, médecin, évêque, industriel, ministre … Mais lui, c’est clown qu’il avait voulu être et depuis tout petit, depuis que sa tante l’avait emmené en cachette de ses parents au cirque Bouglione pour son anniversaire !

     

    Elle 

    Une journée de plus … ou de moins, c’est selon ! Assise au pied de la fenêtre, elle entrevoit les branches hautes du platane de la cour. Un couple de tourterelles s’y pose tous les soirs. Parfois, elle se dit qu’elles ne viennent que pour elle et se surprend à leur confier ses rêves ! A qui d’autre pourrait-elle les confier ? Ici, les femmes font toutes le même rêve, elles racontent toutes les mêmes histoires, elles font toutes les mêmes projets : changer de vie, repartir à zéro !

                Parfois, elle écrit tout ça dans un carnet à spirales qu’elle garde toujours sur elle, avec, à l’intérieur, la photo de ses deux enfants. Ils ont le regard triste des enfants de la peur ! La nuit, elle pose tendrement la photo contre sa joue, elle ferme les yeux et murmure à mi-voix cette sérénade de Toselli qu’elle leur chantait autrefois. « La ferme  Saskia » ronchonne sa voisine !

                Comment en était-elle arrivée là ? Fallait-il endurer ce calvaire plus longtemps ? Et puis, elle ne l’avait pas fait exprès ! Elle s’était juste protégée avec une chaise et quand elle l’avait repoussé, il avait basculé en arrière. Sa tête avait heurté un coin en fer forgé de la table basse du salon et il était mort sur le coup ! C’était de la légitime défense. Mais comme elle avait déjà un casier judiciaire pour vol de nourriture dans une grande surface, la justice n’avait pas été clémente avec elle. Alors, elle prie en silence lorsque les étoiles s’allument une à une dans le ciel, elle prie pour obtenir une remise de peine, elle prie pour que la révision du procès soit acceptée, elle prie pour revoir ses enfants, elle prie pour que la vie lui accorde une autre chance !

    à suivre...


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  • Il y a bientôt deux ans, j'avais écrit ce texte pour " Voyage", la cinquième Anthologie Éphémère, le dernier défi de Quichottine pour réaliser les Rêves d'enfants malades. Je sais qu'elle a envie de se lancer dans une nouvelle aventure, c'est pourquoi je pense que je peux éditer aujourd'hui ce petit conte sans porter préjudice à la vente du recueil.

     

    Gontran

     

    Connaissez-vous Gontran? C’est mon gros éléphant ! Il n’est pas du tout sage ! Si je l’oublie dans mon jardin, il peut d’un air badin causer de grands ravages !

    Un jour, il prit ses aises dans un carré de fraises et m’en fit un sirop d’un rose alizarine ! Puis il alla chez la voisine piétiner les poireaux, les haricots coco, le chou romanesco en dansant le tango ! Le champ prit les accents d’un beau vert océan moutonné d’émeraude.

    Me voyant très fâchée, toute désespérée, il s’enfuit dans le pré où séchaient mes draps blancs  après avoir « oh non ! » écrasé « quel malheur ! » tous mes potimarrons vernissés vermillon. Puis il foula honteux tout mon linge précieux, espérant effacer les traces colorées de ses ravages potagers!

    Et là quelle surprise ! Je venais de découvrir un peintre de génie d’une créativité vraiment insoupçonnée. Il me fallait sans plus tarder classifier ce talent dans un style alléchant: Action painting ? Art brut ? Nature art ? Body art ? Eléphant art ? Trompe art ? Babar art ?

    Depuis, me croiriez-vous, je vis dans l’opulence ! Les toiles de Gontran se vendent un prix fou ! J’en fais de grands collages, des montages photo, d’aériens étalages sur des porte-manteaux. Je les coupe menu pour les mettre en bocaux !

    Dans leur extravagance, certains grands couturiers me les montent en tutus ou en chapeaux pointus ! Et moi, très inspirée, je dorlote Gontran sous de grands bananiers ou des palmiers dattiers. Dans des îles lointaines aux cieux céruléens je cherche les couleurs mais aussi les fruits frais qui vont le contenter, non sans avoir pris soin d’étaler sous les branches une toile de lin !

    Plitch ! Platch ! Vous entendez ? Oh ! Un nouveau tableau : carambole et grenade  pimenté d’orangine !

    Une pure merveille !

    Gontran

    Illustration: Séverine Dalla

     

     

     


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