• Reproduire Van Gogh ou Manet ? Le musée Getty de Los Angeles lance ce défi aux internautes confinés

    Recréer à l'identique (ou presque) des œuvres connues : c'est le défi original lancé par le musée Getty de Los Angeles. Depuis le 25 mars, l'établissement californien propose aux internautes confinés chez eux de faire appel à leur imagination et leur créativité pour imiter un tableau ou une sculpture de leur choix.

    Le challenge a été relevé avec succès par de nombreux participants. Avec des résultats souvent inventifs et amusants.

    https://amp.lefigaro.fr/arts-expositions/reproduire-van-gogh-ou-manet-le-musee-guetty-de-los-angeles-lance-ce-defi-aux-internautes-confines-20200402

    Je vous propose quelques unes de nos idées. Mon mari s’est pris au jeu et déborde d’imagination. Saurez-vous reconnaître nos chefs d’œuvres ?

    Et pourquoi pas vous ? Il me semble me souvenir qu’Annick avait déjà proposé un cri de Munch très réaliste !

     

    Défi amusant

     

     

    Défi amusant

     

     

    Défi amusant

     

     

    Défi amusant

    À vous! Quand on a commencé, c'est dur de s'arrêter!


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    Il était un peu nerveux. Il ne savait pas du tout comment il serait accueilli. Se produire en dehors du cirque, c’était pour lui une expérience nouvelle. Les enfants et leurs rires allaient lui manquer, mais aussi,  la chaleur de la piste, les particules de poussière qui dansaient dans la lumière, l’odeur des animaux, l’orchestre qui accentuait le moindre de ses gestes ! Il était trop tard pour reculer ! Il y avait longtemps qu’il avait envie de démarrer cette tournée parallèle dans plusieurs établissements : hôpitaux, maisons de retraite, prisons.

             Devant lui, la gardienne ouvrait froidement une série de portes aux serrures complexes. D’ordinaire, quand il se trouvait dans un endroit nouveau, il fonctionnait comme une éponge. Il enregistrait avec un grand sens du détail tout ce qui l’entourait et s’en servait ensuite pour étoffer ses numéros. Mais dans ce couloir sans fin, baigné dans une lueur glauque venue de nulle part, chacune des portes qui se refermaient lui étreignait le cœur.     

    Il arriva d’un coup dans la lumière, projeté dans ce petit espace, en essayant de cacher de son mieux l’angoisse qui lui serrait le ventre. Il évalua d’un coup d’œil rapide cette centaine de femmes vêtues de joggings et de tee-shirts informes. Il flottait dans la salle un parfum de tabac et de parfums bon marché. Certaines avaient fait un effort et s’étaient maquillées. Aussitôt, les répliques fusèrent, drôles, cyniques, décalées, obscènes parfois. Elles se protégeaient comme elles pouvaient du trop plein d émotions qui risquait de les envahir. Elles étaient malgré tout bon public et l’échange était stimulant, même si l’alchimie n’était pas la même que sous le chapiteau.

             Dès le départ, il s’était cherché une ou deux accroches dans le public, un regard un peu plus attentif, une allure différente, une manière de rire … Très vite, il l’avait remarquée, légèrement en dehors du groupe, en bout de rang, les yeux tournés vers la fenêtre. Ce qui le frappa d’emblée, c’était sa façon d’être en dehors de tout, murée dans une sorte d’univers inaccessible aux autres. De ce corps longiligne et terriblement droit, de ce visage inerte, émanait une sorte de frontière invisible qui tenait le reste de la salle à l’écart. Elle faisait presque peur, pourtant elle l’attirait comme un grand puits sans fond.

    Il se mit à vider le contenu ses poches : l’énorme clé avec la chaussure qui couine, le bandonéon asthmatique, l’immense serviette qu’il noua autour de son cou, la plante factice qui se mit à pousser lorsqu’il l’arrosa, le bout de papier qui lui servait de lettre et dont il changeait la teneur en fonction de l’inspiration du moment. Elle pouvait être une lettre de sa mère, une lettre de rupture ou de licenciement, mais là, sans trop savoir pourquoi, il en fit une partition musicale qu’il se mit en devoir de déchiffrer de façon maladroite. Il se grattait la gorge, faisait des vocalises, tentait de placer sa voix comme une cantatrice loufoque. Note après note, l’image de son grand-père qui poussait la chansonnette à la fin de toutes les fêtes de familles s’imposa à lui et il improvisa sur le thème de la sérénade de Toselli qu’il décida de chantonner à la façon d’un amoureux transi et bafouilleur tout en s’accompagnant de son bandonéon.

    Dans la salle, les femmes l’apostrophaient bruyamment, cherchant la surenchère dans les réparties grivoises ! Les matonnes hésitaient entre le rire et l’intervention. Dès le début de l’air, il perçut un changement dans son maintien. Elle ne regardait plus vers la fenêtre, sa tête avait légèrement basculé sur le côté, elle avait joint les mains sous le menton, un peu de rose avait surgi tout en haut de ses joues comme si quelque part, un petit feu venait de s’allumer. Il eut la sensation qu’un fil très mince s’était tendu entre elle et lui. Il sentit la fissure, le verrou qui venait de sauter, les petits bouts d’histoire qui tentaient de faire surface. Il lui sembla même que ses lèvres murmuraient avec lui.

    À la fin du numéro, elle ne se leva pas, n’applaudit pas avec les autres. Elle continuait de le fixer, immobile, les yeux soudain remplis de larmes. Il quitta la prison comme un somnambule dans un sac de coton. Deux mois plus tard, on lui remit une lettre fatiguée, couverte de tampons et qui avait dû le poursuivre sans succès dans un grand nombre de villes. Sur l’enveloppe il lut : Monsieur Patoche, Clown au cirque Médrano, France. Quand il l’ouvrit, il revit tout de suite le visage grave et triste de cette femme qui l’avait tant ému. Elle lui disait qu’elle était enfin sortie de prison, qu’elle avait bénéficié d’une remise de peine, qu’elle avait retrouvé ses enfants et qu’elle aurait bien aimé venir l’applaudir  avec eux mais qu’elle ne savait pas dans quelle ville son cirque allait passer. Alors, il sortit de sa poche son petit bandonéon et se mit à chanter :

    Viens le soir descend

    Et l’heure est charmeuse

    Viens, toi si frileuse

    La nuit déjà comme un manteau s’étend … 


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  • Un texte écrit il y a longtemps. J'ai repensé à lui en chantant lundi avec ma mère sur Whatsapp cet air qu'elle chante encore avec sa belle voix de soprano. De grands pans de sa mémoire se sont envolés mais elle se souvient encore des airs qu'elle a toujours chantés, une façon comme une autre de communiquer.

     

     

    Lui 

    Tous les soirs, c’est le même rituel ! Il surgit dans la lumière, arpente l’endroit d’un air préoccupé, examine le sol, repousse de son pied quelques cailloux imaginaires, déplie son pliant de façon extrêmement méticuleuse, vérifie son aplomb et s’assoit en clignant des yeux d’aise ! Puis, tout aussi méthodique, le voilà qui se met en devoir de vider le contenu de ses poches : une énorme clé à laquelle est attachée une chaussure qui couine (ça l’amuse beaucoup !), un bandonéon asthmatique, une immense serviette qu’il noue  précautionneusement autour de son cou, une plante factice qui se met à pousser lorsqu’il l’arrose avec son petit arrosoir, une lettre qui lui arrache un flot de larmes et, enfin, un minuscule sandwich qu’il picore amoureusement en le faisant durer !

    Mais voilà que surgit derrière lui, un autre personnage qui avance à pas de loup et lui balance un pétard sous la chaise ! Il fait alors un bon de deux mètres en avant, tourne effaré comme une toupie en essayant de sauver son maigre butin … La foule hurle  de rire, les enfants crient : « Patoche ! Patoche ! Patoche ! » Il est clown au cirque Médrano !

    Il aurait pu sans doute se choisir une tout autre route, un tout autre destin ! Dans sa famille, on était militaire, juriste, médecin, évêque, industriel, ministre … Mais lui, c’est clown qu’il avait voulu être et depuis tout petit, depuis que sa tante l’avait emmené en cachette de ses parents au cirque Bouglione pour son anniversaire !

     

    Elle 

    Une journée de plus … ou de moins, c’est selon ! Assise au pied de la fenêtre, elle entrevoit les branches hautes du platane de la cour. Un couple de tourterelles s’y pose tous les soirs. Parfois, elle se dit qu’elles ne viennent que pour elle et se surprend à leur confier ses rêves ! A qui d’autre pourrait-elle les confier ? Ici, les femmes font toutes le même rêve, elles racontent toutes les mêmes histoires, elles font toutes les mêmes projets : changer de vie, repartir à zéro !

                Parfois, elle écrit tout ça dans un carnet à spirales qu’elle garde toujours sur elle, avec, à l’intérieur, la photo de ses deux enfants. Ils ont le regard triste des enfants de la peur ! La nuit, elle pose tendrement la photo contre sa joue, elle ferme les yeux et murmure à mi-voix cette sérénade de Toselli qu’elle leur chantait autrefois. « La ferme  Saskia » ronchonne sa voisine !

                Comment en était-elle arrivée là ? Fallait-il endurer ce calvaire plus longtemps ? Et puis, elle ne l’avait pas fait exprès ! Elle s’était juste protégée avec une chaise et quand elle l’avait repoussé, il avait basculé en arrière. Sa tête avait heurté un coin en fer forgé de la table basse du salon et il était mort sur le coup ! C’était de la légitime défense. Mais comme elle avait déjà un casier judiciaire pour vol de nourriture dans une grande surface, la justice n’avait pas été clémente avec elle. Alors, elle prie en silence lorsque les étoiles s’allument une à une dans le ciel, elle prie pour obtenir une remise de peine, elle prie pour que la révision du procès soit acceptée, elle prie pour revoir ses enfants, elle prie pour que la vie lui accorde une autre chance !

    à suivre...


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    Vert

     

     

    De verts en verts, je mène mes bouleaux.

    La musique des arbres dirige mon chemin.

    Je cherche la lumière dans les replis profonds

    D’une coulée de mousses.

    Verts des prés, verts des bois, verts des forêts profondes,

    Vêtues de terre verte, verdegrisent les menthes.

    Dans ce silence vert,

    Des fils se tissent sous l’écorce.

    Et dans le vert ardent du souffle d’un saxo

    Surgissent frémissantes,

    Les notes oubliées d’une petite fleur,

    Le souvenir ancien d’une robe vert jade,

    Une robe de bal qu’affectionnait ma mère,

    Soyeuse, mouvante et fluide

    Comme un vent de printemps.

    Je la revois soudain,

    Tournoyant sur la piste,

    Jeune liane insolente,

    Dans l’ivresse joyeuse

    D’une valse de Strauss.

    Et mes vertes années

    Courent dans la montagne.

     

    Sydney Bechett  "Petite fleur"


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    Ces jours qui sont à nous si nous les déplions
    Pour entendre leur chuchotante rêverie
    Ah c’est à peine si nous les reconnaissons.
    Quelqu’un nous a changé toute la broderie.

    (Jules Supervielle)


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