•  

    A peu près une fois par trimestre, je me rends à Albi au Centre d’art le LAIT qui organise entre autres choses des expositions d’un genre un peu particulier, ainsi que des ateliers d’écriture. Ces derniers ont toujours comme support l’expo en cours. En ce moment, l’exposition s’appelle Porosités. Elle n’est constituée que de vidéos de jeunes auteurs dont le but est d’évoquer  "les contaminations réciproques d’espaces extérieurs et d’univers intérieurs". Il faut, en entrant dans les salles basses des anciens moulins albigeois où ces œuvres sont projetées, laisser ses préjugés  au vestiaire et se laisser porter.

    Tout ça pour vous dire que le texte qui suit, je l’ai écrit après avoir visionné une vidéo de Valérie Mréjen (romancière, cinéaste, vidéaste) qui  a mis bout à bout des images extraites d’un catalogue Manufrance des années 1970. Une voix off de femme décrit sans affect sa journée de jeune ménagère de moins de 30 ans : le lever, la toilette, les tâches ménagères, les occupations sans intérêt de son après-midi, la soirée avec son mari en robe de chambre molletonnée confortablement installé dans un horrible fauteuil ou avec des amis dans le jardin autour d' un barbecue …

    J’ai trouvé la vidéo tellement déprimante que je me suis défendue en écrivant un texte dans lequel je tourne en dérision cette société de consommation et ce qu’elle fait de nous. Je proposerai de temps en temps un texte écrit dans cet atelier mais je ne vous ennuierai plus avec ce préambule.

    Les moulins albigeois

     

    Soirée Pyjama?

    Une soirée pyjama ????? Non, mais je me demande où ils vont chercher toutes ces idées ! Tu es sûr, vraiment ? Mais qu’est-ce qui leur prend ? On a déjà eu droit aux après-midis bricolage, jardinage, aux matinées pâtisseries tous coincés comme des sardines dans leur cuisine en formica, aux soirées barbecues pour tester leurs fauteuils gonflables qui menaçaient d’éclater à la moindre escarbille !

    Trouve un prétexte, moi je n’y vais pas ! Je n’en peux plus de tester leurs draps de lit qui grattent aux couleurs psychédéliques, leurs robes de chambre en pilou qui sentent le renfermé et leurs kits de coiffure avec ces casques ridicules qui te chauffent la tête pendant qu’on termine leurs vieux fonds de bouteille !

    Mais qu’est-ce que ça va être la prochaine fois ? Une randonnée dans le parc pour essayer des déambulateurs High Tech et des fauteuils roulants aérodynamiques ? Et pourquoi ne pas organiser une manif au mois de mai pour faire la promo des grenades lacrymogènes, des boucliers en plexi glass et des matraques télescopiques ? Je ne sais pas si tu le sais mais on trouve de tout dans ce genre de catalogue ! Ça peut nous mener très loin ce genre d’expériences !

    Soirée pyjama, soirée pyjama !! Mon œil ! Je n’ai pas du tout envie de me retrouver ligotée à un lit pour goûter aux plaisirs d’un matelas à mémoire de formes ! Mes formes, je les connais, toi aussi du reste et je n’ai pas besoin d’un matelas pour me les rappeler !

    Et  as-tu pensé à nos enfants, à nos petits enfants ? Tu imagines leurs têtes d’ici 20 ou 30 ans quand ils nous reverront piégés dans les pages de ce catalogue ridicule ? La honte, je te dis, la honte !

    De toute façon, moi, je suis pour la décroissance ! A bas la société de consommation ! Pourquoi perdre son temps à faire de la pub pour un produit qui sera dépassé dans deux mois ? L’obsolescence programmée qu’on appelle ça ! Sitôt consommé, sitôt détraqué !

    Allez, balance moi vite ce ramassis d’horreurs à la poubelle et dis moi quelque chose de joli, quelque chose de tendre… Oublie donc tous ces trucs qui nous disent comment on doit faire, comment on doit être, comment on doit penser, acheter, vivre ! Dis-moi quelque chose sans étiquette, quelque chose  qui n’aurait pas de prix !

     


    13 commentaires
  •  

    Va et vient

     

    Les jonquilles ont fini de chanter. Ne reste plus que leur face flétrie, leur squelette rigide qui voudrait bien encore garder quelque maîtrise sur ce petit aplat de terre printanière. Les ai-je vraiment vues ou seulement rêvées quand elles étaient si fières tout en haut de leur tige.

    Trois tulipes en bouton, la tête comme un obus frangé de rose pâle, sont prêtes à exploser. Elles gonflent leurs joues, s’agitent en silence tout en se demandant quand elles pourront enfin entrer en scène. Le secret de leur lente poussée est-il si difficile à contenir ?

    Et ce violet là-bas, tout près de la murette ? Peut-être une pivoine dans une orgie de verts.

    Comment trouver les mots pour dire cette force des verts, ce va et vient absurde entre la puissance inouïe du printemps, ce bouillonnant débordement, ce grand désir de vivre et le vide abyssal qui m’habite, cette lente descente vertigineuse et cruelle.

    Le clocher bat ses heures sans aucun état d’âme. Comment fait-il le temps pour clore la mesure et rester éternel ?


    15 commentaires
  •  

     

    Sur les chemins inexplorés d’après demain, j’ai semé des poèmes fugaces comme des soleils d’hiver.

    Sylvie Latrille

     

    Quant à moi, je commence ici une nouvelle traversée. Il me faut bien tourner la page, trouver d’autres chemins, découvrir des horizons lointains, étranges, étrangers, allier la fragilité du nouveau-né à la curiosité de l’explorateur.

    Je suis pleine de brume. Un sang nouveau irrigue mes pensées. Je le sens qui s’affole, se cogne, se fait mal. Il ne sait pas rester bien sage. Mon cœur en est étreint comme dans une cage. Pourtant, il n’y a pas d’échappatoire. Il me faut avancer dans le renoncement, puiser ma force à des sources  nouvelles, irriguer mes désirs à l’eau de mes entrailles, me perdre dans les tâches les plus triviales et pourtant si tristement humaines.

    Mon jardin m’accompagne comme un ami fidèle. Les jonquilles ont fleuri, hier c’était le printemps. Elles se balancent dans le vent toutes ensembles sur leurs tiges. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends pas leur chant. Elles chantent pourtant, je le sais, avec leurs bouches rondes,  leurs ailettes à l’écoute pénétrées de lumière.

    La clématite m’interpelle. Comme moi, elle se cherche une accroche, un point d’appui pour se hisser plus haut, ne plus être ainsi laissée à la dérive. Je voudrais tant rester encore un peu pour la guider contre la treille, lui montrer le chemin, apaiser son errance. Mais déjà la grande ombre a touché le jardin et ses doigts d’encre bleue me font comme un frisson.

    Demain est-il un autre jour ?

     


    21 commentaires