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    Moutons

     

     

    Moutons, moutons,

    Qui vous garde moutons

    Dans les prairies du ciel ?

    Où donc est la bergère

    Vêtue de brumes claires

    Qui ce matin encor

    Filait près du ruisseau

    D’épais lambeaux de laine ?

     

    Dans la tiédeur humide

    D’une aube de coton,

    Sur les sentes perdues

    Que le silence espère

    Elle va

    Égarée un instant

    Dans un grand songe blanc

     

    Moutons

     

     


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    Entre les doigts des barbelés

    Polka piquée du rouge-queue

    La queue du chat bat la mesure

     

    Rouge-queue 

     

     


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    Le dragon du Boutescure suite et fin

    La grotte du dragon?

     

    Boutescur s’était réfugié dans un abri de berger creusé sous la falaise. Quand il  aperçut Félicité, il en eut le souffle coupé. Pendant longtemps, il l’observa pendant qu’elle cueillait ses fleurs, il écouta sa voix pure et charmante et quelque chose soudain s’anima dans son vieux cœur de dragon fatigué. Elle semblait si différente des autres avec ses longs cheveux dorés et ses yeux de pervenche. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas vu quelque chose d’aussi délicieux ! Une vraie princesse de légende ! Et si … ma foi, pourquoi ne pas s’amuser un peu  et renouer avec le folklore ? Sans doute y avait-il encore dans la région quelques imbéciles heureux prêts à combattre pour sauver une belle princesse ? Il emmena donc Félicité dans sa grotte et attendit. Oh, rassurez-vous, il la traita fort bien !

     

    Le dragon du Boutescure suite et fin

    Notre petit fils a décrété que c'étaient sans doute

    des perles colorées de la robe de Félicité

     

                La nouvelle de la disparition de Félicité se propagea très vite et bientôt tout un cortège de preux chevaliers se présenta au château. Le seigneur de Roquefeuil qui avait toujours du mal à croire à cette histoire de dragon, n’osa pas refuser l’aide de ces jeunes fanfarons avec leurs armures rutilantes, leurs oriflammes chamarrées,  leurs heaumes ornés de plumes écarlates, leurs lances acérées, leurs épées flamboyantes, leurs pavois prétentieux, leurs paroles guerrières. Certains venaient de loin. Il y avait même des étrangers sans doute plus attirés par le désir de gagner quelques terres que par un mariage avec la jeune héritière. Il faut dire que pas un seul n’avait encore vu celle pour qui ils allaient risquer leur vie.

                Un à un ils partirent mais pas un ne revint. Dire que Félicité en fut soulagée serait faire outrage à son âme charitable mais à tout prendre, elle préférait la compagnie de ce vieux dragon plein de sollicitude à celle de ces prétendants bouffis d’orgueil ! Après tout, il n’était pas plus mauvais que la plupart des hommes. Que serait l’histoire des peuples sans guerres, sans rivalités absurdes, sans génocides ?

     

    Le dragon du Boutescure suite et fin

    L'armure d'un chevalier blanc sans peur et sans reproche ?

    On approche, c'est sûr!

     

    C’est alors, qu’à l’entrée de la grotte se présenta Carmélus.  Mais oui, vous avez bien lu, Carmélus le petit pâtre armé d’un arc ridicule qu’il avait fabriqué le matin même avec une branche de noisetier. Avouez que vous l’espériez bien un peu mais que vous n’osiez pas trop y croire ! Dans les prés alentour gisaient des tas de ferrailles calcinées d’où émergeaient des os qui finissaient de griller. Mais Carmélus ne tremblait pas.

    Quand il le vit, Boutescur éclata d’un rire énorme, et un rire de dragon ça fait beaucoup de bruit ! Ça crache, ça fume, ça tousse, ça renvoie  toute sortes de poussières étranges, des flammèches, des vapeurs d’eaux brûlantes chargées de souffre,  des gaz toxiques,  mais Carmélus ne tremblait pas. Il se campa bien droit face à l’horrible bête, banda son arc et décocha une flèche, une seule, dans la gueule du dragon. Comment une aussi petite flèche put-elle terrasser une aussi grosse bête ? L’avait-il trempée dans une des potions fabriquées par Félicité ? Valériane, passiflore, mélisse, arquebuse ? Ou bien tout simplement Boutescur fatigué de se battre avait-il décidé de laisser une chance à ces deux là ? Toujours est-il que le dragon cessa soudain de rire,  se mit à bailler comme dix mille carpes et s’affala de tout son long sur le sol de la grotte.

     

    Le dragon du Boutescure suite et fin

    Le dragon qui s'endort?

     

    Le seigneur de Roquefeuil ne fit pas le difficile. Ce petit pâtre lui avait rendu sa fille, il l’avait débarrassé de ce dragon qui lui causait tant de tracas et il allait enfin pouvoir ferrailler à nouveau contre ses voisins.

    C’est ainsi que s’achève cette histoire, par le mariage improbable mais heureux de la jolie Félicité et du pâtre Carmélus. S’achève ? Pas tout à fait, car, si vous avez bien lu l’histoire, le dragon n’est pas mort, il est juste endormi. Aussi prenez donc garde lorsque vous passerez sur le joli pont de pierre qui enjambe le Boutescure, ce tout  petit ruisseau qui chemine comme un lézard sur plusieurs communes du Tarn et de l’Aveyron et auquel on a donné le nom du dragon. Qui sait s’il ne va pas se réveiller un jour ?

     

    Le dragon du Boutescure suite et fin

     Bon, Mamy on rentre dis? J'ai oublié mon arc!!

    Et cette rambarde?

    Quelle force mystérieuse a bien pu la tordre ainsi ?

     


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    Les paysans de la région allèrent bien sûr demander de l’aide auprès de leur seigneur, le vicomte de Roquefeuil, mais celui-ci se moqua d’eux et leur répondit qu’il avait autre chose à faire que de s’occuper de quelques bergères. Une bande de routards s’était établie au château de Thuriès pas loin de Pampelonne et les Anglais occupaient des nids d’aigle un peu partout dans les rochers abrupts qui dominent le Tarn et le Viaur. De toute façon, il ne voulait pas croire à cette fable ridicule. Les dragons avaient disparu depuis belle lurette et le dernier en date avait été pourfendu par Saint Georges en personne. Il les renvoya donc chez eux en leur conseillant de mieux surveiller leurs filles et leurs troupeaux. Et si ses souvenirs étaient exacts, dans les contes, les dragons ne s’attaquaient pas à des bergères mais à des princesses, ce qui était la preuve qu’ils racontaient n’importe quoi !

     

     

    Le dragon du Boutescure 2 ème épisode

    Pourtant, sur le chemin de notre enquête,

    nous avons retrouvé de la terre calcinée et ....

     

    Or le seigneur de Roquefeuil avait une fille prénommée Félicité. Bien sûr elle était aussi bonne que belle avec de longs cheveux dorés et des yeux bleu pervenche. Cependant, malgré sa très grande beauté, ce n’était pas une coquette et elle aimait des plaisirs simples. Pour tout vous dire, elle s’ennuyait beaucoup dans ce château où l’on ne savait parler que de chasse, de guerre, de défense, d’attaque, de conquête, d’armures, de tournois. De l’aube jusqu’au crépuscule, résonnaient dans la cour les clameurs de la troupe qui s’exerçait au combat, les bruits de la forge où l’on fourbissait des armes, les hennissements des chevaux qui martelaient le pavé avec dans le regard une grande frayeur à l’idée de repartir sur les chemins d’une nouvelle bataille.

    Aussi pour se distraire, avait-elle demandé à son père la permission de cultiver un jardin de plantes médicinales comme cela se faisait autrefois dans toutes les demeures seigneuriales. Elle avait trouvé une aide précieuse dans la personne de Carmélus, le petit pâtre du hameau. Ce dernier lui avait tressé de petites haies d’osier appelés « plessis » qu’il avait agencées en jolis carrés harmonieux dans lesquels Félicité n’avait plus qu’à installer ses herbes ou ses « simples » comme on disait autrefois : menthe, mélisse, origan, armoise, verveine, marjolaine, sauge, thym, consoude, souci …. Toujours grâce à Carmélus, elle avait agrandi le jardin de simples  pour y faire pousser des légumes, des fleurs  et tous les deux avaient même installé contre un mur exposé au soleil une palissade d’arbres fruitiers soigneusement taillés, ainsi qu’une petite vigne.

                Parfois Félicité allait se promener dans la campagne environnante pour y cueillir des fleurs sauvages mais aussi, je peux bien vous le dire pour retrouver Carmélus qui gardait les troupeaux dans les pâtures voisines. Je crois bien que ces deux là étaient un peu amoureux même s’ils savaient les malheureux que leur amour était impossible. Il y avait bien cette rumeur au sujet d’un dragon qui dévorait des bergères mais son père n’avait-t-il pas déclaré que ce n’étaient que des superstitions ?

    Aussi, ce matin là suivit-elle le chemin qui mène à ce petit ruisseau qui serpente en gazouillant dans une jolie combe où des genêts d’Espagne vous enivrent le cœur de leur parfum sucré. Il y avait là, des coucous, des asphodèles, des lianes de chèvrefeuille, de la bruyère, du sureau. Bientôt, elle s’assit dans l’herbe, les pieds nus dans le ruisseau et se mit à confectionner une couronne de lierre et de fougère. Tout en tressant sa couronne elle fredonnait un air qui lui rappelait son ami Carmélus, un air qui parlait d’un agneau paisible et doux, de verts pâturages, d’herbe veloutée, de la tendresse du berger.

    "L’anhèl que m’as donat, se n’es anat pàisser dins la prada

    L’anhèl que m’as donat, se n’es anat pàisser dins lo prat

    En libertat tota la vesprada a brotat l’èrba velotada

    L’anhèl que m’as donat se n’es anat pàisser dins la prada …"

     

    Le dragon du Boutescure 2 ème épisode

    une écaille de dragon!! Aïe! Oserons nous aller plus loin?

     

    Tous ces indices ont réellement été trouvés

    sur le chemin qui mène au ruisseau. Étonnant non?

    Un petit clic sur la photo pour voir les couleurs de cette écaille!

     


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  • Pendant les vacances, pour occuper notre petit fils, j'ai repris les contes du Tarn que j'ai étoffés comme celui du Dragon du Boutescure qui se raconte en quelques lignes dans les guides touristiques et puis nous sommes allés sur les lieux pour tenter de retrouver des traces, des indices, des restes réels ou farfelus! Il faut bien amuser les enfants mais aussi les grands car nous nous sommes bien amusés. Le premier conte réécrit est donc celui du dragon du Boutescure. Je l'ai découpé en trois parties parce que je vous sais très occupés. Je l'illustrerai par les photos de Jean-Louis.

     

    Le dragon sommeillait au-dessus des collines. De son mufle puissant sortaient quelques flocons d’écume que le ciel accueillait dans ses vents de printemps. Il avait l’air paisible et doux comme un vieillard tranquille. Ses flancs gris palpitaient calmement. Ses écailles arrondies étaient nacrées d’or et de rose et sa queue serpentait mollement à la cime des chênes

    Il avait suivi le cours d’une vallée profonde, encombrée de gros rochers luisants où les eaux rouges d’une rivière bondissaient en cascades, gambadaient, s’ébrouaient, tournaient en rond  comme de petits chiens fous. Sur l’échiquier des prés accrochés aux coteaux, quelques paysans juchés sur des charrettes tirées par des bœufs se hâtaient de rentrer les foins avant l’arrivée de la pluie et cet énorme nuage en forme de dragon ne les rassurait guère! Pauvres petits hommes ! S’ils avaient su, sans doute auraient-ils été dévastés de frayeur.

    Mais pour l’instant, ce qu’il voulait ce dragon là, c’était juste profiter de cette belle après-midi, sentir la fraîcheur verte des petits bois de châtaigniers, se reposer un peu car le voyage l’avait fatigué. Il faut dire que c’était un très vieux dragon. Sans doute était-il sorti un jour de la gueule d’un volcan à une époque où la terre vomissait ses entrailles aux quatre coins du globe. Il portait encore sur ses écailles la trace des flammes qui l’avaient façonné, ce qui lui faisait parfois lancer dans le ciel des éclairs longs et dorés comme des gerbes d’étoiles filantes. Peut-être est-ce pour cela que ses parents l’avaient appelé Boutescur, un nom venu de notre vieille langue  et que l’on pourrait traduire par « Chasse l’obscur ! »

    Boutescur observa un instant la campagne et chercha un endroit où il pourrait faire un petit somme sans être dérangé par toutes ces fourmis qui s’agitaient sur leurs charrettes de foin. C’est ainsi qu’il glissa lentement au-dessus du Puy Saint Georges, survola Padiès pour aller s’enfoncer dans une combe étroite, pas très loin de Valence d’Albigeois, là où aucun bruit ne troublerait son sommeil.

    Lorsqu’il s’éveilla, le soleil était déjà très bas dans le ciel et la nuit descendait lentement dans la petite combe. Boutescur s’aperçut alors qu’il avait très faim mais notre vieux dragon n’aimait plus tellement se mettre en chasse à la nuit tombée. Il s’apprêtait donc à se rendormir le ventre vide, lorsqu’il entendit un bruit de sonnailles qui s’approchait sur le chemin. Bientôt, entre deux haies de houx,  apparut un troupeau de brebis mené par une jeune bergère qui s’amusait avec son chien. Il y avait là un joli pont de pierres qui enjambait le ruisseau et quand la petite troupe s’engagea dessus, notre dragon n’eut qu’à tendre la patte pour estourbir la bergère, son chien et toutes les brebis qu’il dévora d’un coup.

    Il se tint sage pendant trois jours mais bientôt il dévora une autre bergère près de Faussergues et puis une autre à Andouque, une autre encore à Saint Jean Delnous. Et comme le dragon trouvait les jeunes filles de cette contrée fort savoureuses, il décida d’y rester quelques temps. Mais bientôt, la rumeur d’un dragon dévoreur de troupeaux et de bergères se répandit dans tout le pays. L’une d’entre elles l’aurait même aperçu qui ronflait devant une grotte pas loin du lac de Ginestous.

     

    Le dragon du Boutescure

    Le petit pont sur le Boutescure


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