• VIEILLE FEMME ASSISE SUR UN BANC A CELEYRAN

     

             Ce matin, comme tous les matins, je prends mon petit déjeuner en écoutant Télé matin. Roland Sicard y reçoit Madame Michèle Delaunay, Ministre déléguée auprès de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, chargée des Personnes âgées et de l'Autonomie et je l’entends très fière et très heureuse de son bon mot : elle va réunir l’AG des âgés ! Ah ! La jolie pirouette !

    De quoi s’agit-il ? D’une nouvelle réflexion, d’une prochaine loi pour nous aider, nous, les baby boomers à avoir une retraite heureuse et harmonieuse. Nous serions paraît-il très  actifs, contents de l’être, aussi faut-il, pour que nous poursuivions cette retraite tellement idyllique, tellement harmonieuse et qui correspond à cette image idéale que les publicistes nous renvoient de nous pour engraisser les industriels du tourisme, des loisirs, de la mode,  des produits de beauté ( Mais que vous êtes jolie Madame Age Perfect de chez l'Oréal !), des résidences de luxe type « Seigneuriales »… une AG des âgés !

    "Ils ont fait la révolution de 68, ils feront la révolution de l’âge et grâce à eux,  la filière Silver économie est promise à une belle croissance." Youpiiii!!

    N'at-elle pas l'impression de nous prendre pour des porte-monnaie sur pattes cette dame?

    Aussi, pour continuer à les engraisser, il faut dit-elle « dépister, faire remonter les gens dans le train de l’autonomie (tchou !! tchou !!! ), rester chez nous en toute sécurité grâce aux progrès de la domotique… Mais quel programme astucieux !

    A la fin de cette interview, j’étais tellement affligée que je lui ai écrit. Je n’ai pas tellement l’habitude d’étaler sur mes blogs mes problèmes  personnels mais je vous livre l’essentiel de ma lettre et vous informerai de sa réponse s’il y en a une.

    « Je suis née en 1947 et j’ai donc le même âge que vous Madame le Ministre si je vous ai bien entendue. Je suis retraitée de l’Education Nationale mais cette retraite je me l’imaginais heureuse: peinture, écriture, sculpture, jardinage, voyage, profiter de mes petits enfants… j’avais plein de projets. Mon mari lui est devenu premier adjoint d’une municipalité de gauche, très actif, très investi dans le bien être de la collectivité.  Et puis ma mère a fait deux AVC en 2011. Elle est devenue totalement dépendante avec à peine 800 euros de retraite pour vivre. Je vous laisse imaginer ce que sont devenus tous mes beaux projets !

    Le conseil général m’a accordé difficilement en 2011, 35 heures d’APA par mois, ce qui correspond à l'aide aux repas du midi et un peu de ménage. . J’ai demandé que sa situation soit révisée car son état s’est lourdement aggravé mais je n’ai pas de réponse. L’infirmier vient le matin et le soir mais il m’appelle souvent car elle se salit toutes les nuits et il n’y arrive pas seul. Pour l’instant je tiens encore mais je suis devenue extrêmement dépressive et je n’ose même pas imaginer l’avenir. Aussi tous vos jolis mots de ce matin n’ont trouvé vraiment aucun écho. Une journée de plus  pour vous permettre de passer à la Télé  ne m’aidera pas vraiment !

    Je sais que je ne suis pas seule dans ce cas, que nous sommes des milliers, ignorés, méprisés, même pas reconnus par l’Etat qui va en plus nous demander de participer à l’effort collectif pour les personnes âgées  (un comble !), sans aucun lien social (toutes mes activités se réduisent comme peau de chagrin et je ne sais même plus à qui parler de ma souffrance).

    Alors je vous le demande, quand serons-nous enfin reconnus, entendus, aidés autrement que par une journée des aidants et les jolies pirouettes de nos élus ? Il y a dans mon entourage des cas dramatiques avec des hommes, des femmes de 80 ans passés, obligés d’aider leur conjoint devenu dépendant alors qu’ils sont eux-mêmes malades et âgés. Croyez-vous que tous les bons mots de votre AG des âgés vont prendre leurs difficultés en compte ?

    Je suis allée récemment à un stage organisé par une maison de retraite qui possède une unité Alzheimer expérimentale et j’ai été effarée de voir comment les industriels, les commerçants sont en train de réaliser des fortunes sur le dos des personnes âgées alors que nous les aidants devons sans cesse faire appel à notre générosité, notre temps, user notre santé . Ah ! ça, ils sont inventifs mais à quoi bon les fauteuils ultra sophistiqués, les couches de toute sortes, les repas adaptés pour le « manger/debout », les babygros géants….s’il n’y a personne derrière. Ne devraient-ils pas eux aussi participer à l’effort collectif ? Je suis même en train de me demander si ce stage n'est pas financé en partie par ces industriels pour nous vendre leurs produits!

    Bref, tout cela pour vous dire  que je ne crois plus en rien sauf en moi-même, que je n’ai plus aucun projet d’avenir, que je ne sais même pas ce que sera ma vieillesse et que je n'aurai sûrement pas le courage de faire la révolution! Il n'y aura plus que la solution finale vraisemblablement pour ne pas infliger à mes enfants ce que je vis actuellement et je sais, pour avoir beaucoup lu à ce sujet que nous sommes nombreux à le penser, à le programmer, à le dire, à l'écrire."

          


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    Va et vient

     

    Les jonquilles ont fini de chanter. Ne reste plus que leur face flétrie, leur squelette rigide qui voudrait bien encore garder quelque maîtrise sur ce petit aplat de terre printanière. Les ai-je vraiment vues ou seulement rêvées quand elles étaient si fières tout en haut de leur tige.

    Trois tulipes en bouton, la tête comme un obus frangé de rose pâle, sont prêtes à exploser. Elles gonflent leurs joues, s’agitent en silence tout en se demandant quand elles pourront enfin entrer en scène. Le secret de leur lente poussée est-il si difficile à contenir ?

    Et ce violet là-bas, tout près de la murette ? Peut-être une pivoine dans une orgie de verts.

    Comment trouver les mots pour dire cette force des verts, ce va et vient absurde entre la puissance inouïe du printemps, ce bouillonnant débordement, ce grand désir de vivre et le vide abyssal qui m’habite, cette lente descente vertigineuse et cruelle.

    Le clocher bat ses heures sans aucun état d’âme. Comment fait-il le temps pour clore la mesure et rester éternel ?


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    Sur les chemins inexplorés d’après demain, j’ai semé des poèmes fugaces comme des soleils d’hiver.

    Sylvie Latrille

     

    Quant à moi, je commence ici une nouvelle traversée. Il me faut bien tourner la page, trouver d’autres chemins, découvrir des horizons lointains, étranges, étrangers, allier la fragilité du nouveau-né à la curiosité de l’explorateur.

    Je suis pleine de brume. Un sang nouveau irrigue mes pensées. Je le sens qui s’affole, se cogne, se fait mal. Il ne sait pas rester bien sage. Mon cœur en est étreint comme dans une cage. Pourtant, il n’y a pas d’échappatoire. Il me faut avancer dans le renoncement, puiser ma force à des sources  nouvelles, irriguer mes désirs à l’eau de mes entrailles, me perdre dans les tâches les plus triviales et pourtant si tristement humaines.

    Mon jardin m’accompagne comme un ami fidèle. Les jonquilles ont fleuri, hier c’était le printemps. Elles se balancent dans le vent toutes ensembles sur leurs tiges. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends pas leur chant. Elles chantent pourtant, je le sais, avec leurs bouches rondes,  leurs ailettes à l’écoute pénétrées de lumière.

    La clématite m’interpelle. Comme moi, elle se cherche une accroche, un point d’appui pour se hisser plus haut, ne plus être ainsi laissée à la dérive. Je voudrais tant rester encore un peu pour la guider contre la treille, lui montrer le chemin, apaiser son errance. Mais déjà la grande ombre a touché le jardin et ses doigts d’encre bleue me font comme un frisson.

    Demain est-il un autre jour ?

     


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