• Elle et lui ( première partie)

    Un texte écrit il y a longtemps. J'ai repensé à lui en chantant lundi avec ma mère sur Whatsapp cet air qu'elle chante encore avec sa belle voix de soprano. De grands pans de sa mémoire se sont envolés mais elle se souvient encore des airs qu'elle a toujours chantés, une façon comme une autre de communiquer.

     

     

    Lui 

    Tous les soirs, c’est le même rituel ! Il surgit dans la lumière, arpente l’endroit d’un air préoccupé, examine le sol, repousse de son pied quelques cailloux imaginaires, déplie son pliant de façon extrêmement méticuleuse, vérifie son aplomb et s’assoit en clignant des yeux d’aise ! Puis, tout aussi méthodique, le voilà qui se met en devoir de vider le contenu de ses poches : une énorme clé à laquelle est attachée une chaussure qui couine (ça l’amuse beaucoup !), un bandonéon asthmatique, une immense serviette qu’il noue  précautionneusement autour de son cou, une plante factice qui se met à pousser lorsqu’il l’arrose avec son petit arrosoir, une lettre qui lui arrache un flot de larmes et, enfin, un minuscule sandwich qu’il picore amoureusement en le faisant durer !

    Mais voilà que surgit derrière lui, un autre personnage qui avance à pas de loup et lui balance un pétard sous la chaise ! Il fait alors un bon de deux mètres en avant, tourne effaré comme une toupie en essayant de sauver son maigre butin … La foule hurle  de rire, les enfants crient : « Patoche ! Patoche ! Patoche ! » Il est clown au cirque Médrano !

    Il aurait pu sans doute se choisir une tout autre route, un tout autre destin ! Dans sa famille, on était militaire, juriste, médecin, évêque, industriel, ministre … Mais lui, c’est clown qu’il avait voulu être et depuis tout petit, depuis que sa tante l’avait emmené en cachette de ses parents au cirque Bouglione pour son anniversaire !

     

    Elle 

    Une journée de plus … ou de moins, c’est selon ! Assise au pied de la fenêtre, elle entrevoit les branches hautes du platane de la cour. Un couple de tourterelles s’y pose tous les soirs. Parfois, elle se dit qu’elles ne viennent que pour elle et se surprend à leur confier ses rêves ! A qui d’autre pourrait-elle les confier ? Ici, les femmes font toutes le même rêve, elles racontent toutes les mêmes histoires, elles font toutes les mêmes projets : changer de vie, repartir à zéro !

                Parfois, elle écrit tout ça dans un carnet à spirales qu’elle garde toujours sur elle, avec, à l’intérieur, la photo de ses deux enfants. Ils ont le regard triste des enfants de la peur ! La nuit, elle pose tendrement la photo contre sa joue, elle ferme les yeux et murmure à mi-voix cette sérénade de Toselli qu’elle leur chantait autrefois. « La ferme  Saskia » ronchonne sa voisine !

                Comment en était-elle arrivée là ? Fallait-il endurer ce calvaire plus longtemps ? Et puis, elle ne l’avait pas fait exprès ! Elle s’était juste protégée avec une chaise et quand elle l’avait repoussé, il avait basculé en arrière. Sa tête avait heurté un coin en fer forgé de la table basse du salon et il était mort sur le coup ! C’était de la légitime défense. Mais comme elle avait déjà un casier judiciaire pour vol de nourriture dans une grande surface, la justice n’avait pas été clémente avec elle. Alors, elle prie en silence lorsque les étoiles s’allument une à une dans le ciel, elle prie pour obtenir une remise de peine, elle prie pour que la révision du procès soit acceptée, elle prie pour revoir ses enfants, elle prie pour que la vie lui accorde une autre chance !

    à suivre...


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 8 Avril à 09:37

    Très beau texte et très émouvant, gai et triste à la fois.

    2
    Mercredi 8 Avril à 09:45

    Grand souvenir pour moi aussi que cette chanson d'époque , chantée par nos mères ..., ton texte est lui très triste émouvant à la fois 

    Bises Azalais 

    3
    Mercredi 8 Avril à 09:58

    Comme je suis heureuse pour toi que tu puisses au moins ainsi échanger avec ta mère. Le chant permet des liens très profond qui ne s'efface pas.

    Bonne journée !

    4
    Mercredi 8 Avril à 10:06

    J'aime beaucoup ta façon de raconter les histoires

    avec ces mots simples vrais et plein de tendresses

    qui nous dessinent leur chemin

    :-)

    5
    Mercredi 8 Avril à 10:13

    Les moments que tu passes avec ta maman au téléphone sont importants pour elle et toi... certaines chansons font un lien et ne s'oublient pas.

    J'ai lu ce début et j'attends la suite. Elle et lui me plaisent beaucoup.

    Bises et douce journée.

    6
    Mercredi 8 Avril à 10:51

    Elle aura , j'espère une autre chance, mais la vie passe tellement vite. Ton texte coule , comme le fait la vie de tous les jours avec joies, peines, incompréhensions, espoirs et regrets.

    7
    Mercredi 8 Avril à 11:41
    J'adore ce texte, tu devrais en faire un roman. Bisous
    8
    Mercredi 8 Avril à 13:45

    voilà, nous sommes accrochés à ces personnages forts...   les chansons aimées surnagent sur les mémoires à la dérive

    9
    Mercredi 8 Avril à 18:32

    Deux beaux textes de vies très différentes. Je me souviens du voisin criant après sa femme et la menaçant d'un couteau. Il est mort assez jeune, la laissant veuve et libre. 

    Tu as du être contente de voir ta maman sur écran. 

    Bises 

    10
    Mercredi 8 Avril à 21:18
    erato:

    Un texte très vivant et émouvant , j'attends la suite avec ....patience!

    Le chant qu'il soit mélodié ou chanté est un langage universel qui génère un contact très puissant et une ouverture de souvenirs .

    Cette chanson est un trésor pour moi , de toute petite j'ai entendu mon grand père la chanter de sa voix noble et Maman la jouer à la mandoline.

    C'est bien que tu communiques avec whatsap avec ta Maman . L'éloignement parait moindre .

    Douce soirée , bises Azalaïs

    11
    Jeudi 9 Avril à 07:52

    Ils me plaisent tous les deux et je lirai volontiers la suite de leur histoire...tu nous en donnes envie en tous les cas. Je trouve super que tu puisses communiquer avec ta maman de la sorte, j'imagine que quelqu'un l'aide à l'autre bout de la ligne...ce que tu dis me plonge des années en arrière quand ma grand-mère qui comme ta maman avait tout un pan de sa vie oublié et enfoui dans sa seule mémoire et alors qu'elle vivait chez nous et ne savait plus qui nous étions pour elle...elle me récitait des poèmes et me chantait des chansons sans en oublier une parole. J'avais 16 ans et j'étais bon public...bises et une douce journée

    12
    Jeudi 9 Avril à 17:04

    J'aime ces tranches de vie, différentes et attachantes... Vivement la suite...

    13
    Jeudi 23 Avril à 03:55

    Bonjour Azalaïs,

    deux portraits extrêmement touchants.  je vais vite lire la suite

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