• L'école buissonnière

    Dom Robert: L'école buisonnière

    C’est par une belle matinée de printemps, que la jeune Piéride Du Chou sortit de son cocon. Aléa jacta est ! C’était écrit ainsi depuis la nuit des temps : les piérides du chou naissent dans les choux et pas dans les navets qui sont comme vous le savez réservés aux piérides des …navets !

            Demoiselle Piéride fit son apprentissage dans un plant de précoces, sous la férule d’un précepteur aigri qui venait de Bruxelles ! Mais son école à elle, petite évaporée, c’était l’école buissonnière ! Chaque fois qu’elle pouvait tromper la vigilance de son maître, elle quittait le potager pour s’en aller rêver à la lisière d’un pré où dansaient des zygènes.

            Il y avait là tout un monde coloré, poudré jusqu’aux antennes, jouant des ailes à qui mieux mieux,  faisant assaut de courtoisie pour claironner bien haut leurs titres prestigieux : Hespéries de la Houque, Mélitées du Plantain, Tanagres du Cerfeuil, Damiens de l’Alchémille, Cuivrés de la Verge d’or, Turquoise de la Sarcille … Mais ceux qui la ravissaient le plus, c’étaient les azurés aux bleus tellement bleus qu’elle en perdait la tête ! Et puis, quelle grâce dans leur danse, quelle élégance dans leurs postures !

            Elle était là, perchée sur un trèfle incarnat, lorsque le  jeune Azuré des Anthyllides l’invita de façon fort galante à siroter un verre au sommet d’une très grande sanguisorbe ! Nul ne sait ce que se dirent ces deux là, ni ce qui les poussa à briser le tabou de telle mésalliance, mais ce que je sais moi, c’est que Mme  Mère Azuré des Anthyllides faillit en faire une syncope !

    « Comment, mon fils, que me dites vous là ? Un Azuré épouser une Piéride ? Etes-vous donc allé voleter dans leurs tristes banlieues ? Ce bruit, cette odeur, cette vulgarité ! De la techno chez les Choux Raves, du Bel Canto jusques tard dans la  nuit chez ces ritals de Brocolis ! Quant aux Chinois, les Pé-tsaï et les Pak-choï  je suis sûre qu’ils attendent la mondialisation pour investir la moindre friche ! Voyons mon fils, qu’espérer d’une fille qui a grandi dans un pareil espace ? Ces gens là n’ont aucune éducation, aucune culture ! Un sang bleu ne peut s’avilir dans une telle union ! Nous serions la risée de toute la prairie !

            N’écoutant que son cœur, le jeune insoumis alla chercher sa belle et l’épousa sur le champ dans le creux d’une ombelle ! Ce fut une bien belle noce, drainant dans son sillage toute une foule d’étrangers : de bruns Tabacs d’Espagne chantant le Fandango avec leurs castagnettes, de grands Nègres des bois frappant sur leur tam-tam, un beau Point de Hongrie qui joua de son bugle et même des Lambdas qui se cherchaient un nom en dansant le Sirtaki !

            Si vous passez un jour en lisière d’un pré, admirez les ombelles ! Elles gardent en leur cœur, à la fin de l’été, tous les fruits exotiques des  amours marginales !

     

     

     

    L'école buissonnière

     

     


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