• Chéri, chéri

    Pour La petite fabrique d'écriture

    Chéri, chéri

    http://annielamarmotte.apln-blog.fr/2013/11/08/les-commeres/

     

    -      Chéri, chéri, viens voir, l’automne est arrivé ! Vite, vite allons voir, il fait si beau dehors ! Regarde la lumière ! Respire-moi cet air ! Allons, je prends ma canne et puis mon vieux chapeau. N’oublie pas  ton appareil photo, il y a là des idées à foison, de quoi alimenter nos blogs pendant au moins trois mois !

     

    -    Mais tu plaisantes j’espère ! L’automne, l’automne, c’est d’un banal ! Tous les ans on tourne tous en boucle autour des mêmes choses, tu n’en n’as donc pas assez ? Vas-y toi si ça te fait plaisir, moi je reste ici, j’ai l’hiver à préparer !

     

    -      L’hiver ? Mais l’hiver c’est loin, tu as bien le temps !

     

    -      Tu crois ? Il faut installer la chambre du fond, renouveler le stock de couettes, acheter de nouvelles ampoules basse consommation, vérifier les radiateurs, garnir les étagères, installer une alarme pour ne pas se faire dévaliser comme l’année dernière par les loirs et les mulots, commander quelques bouquins. Je me commanderais bien le dernier Yann Moix, il paraît qu’il est top pour passer l’hiver : tu lis, tu dors, tu lis, tu dors ! En plus il est tellement lourd qu’on peut faire de la gym avec et entretenir ses muscles histoire de ne pas ressortir tout mou au printemps !

     

    -    Quel rabat-joie vraiment. Regarde en lisière du bois, regarde ces chênes enjuponnés de roux et puis cette épaisseur de glands ! On pourrait même s’y rouler dedans comme dans une piscine à balles ! Viens, on va bien s’amuser !

     

    -        Bof, on l’a déjà tellement fait, ce n’est pas nouveau !

     

    -       Et tiens là-bas, regarde les feuilles brillantes des grands peupliers qui font comme des couronnes d’or au-dessus de la rivière. Entends-tu leur musique? On dirait mille petits cœurs qui battent à l’unisson. Mille battements d’ailes…

     

    -       Et alors, tu ne vas tout de même pas me rejouer la scie de la mélancolie et des feuillages jaunissants sur les gazons épars !

     

    -    Non, pas du tout, juste la grâce infinie des platanes, la tendresse de leurs branchages quand ils touchent la terre. Et l’étang qui fleurit dans le soleil couchant…

     

    -       Des rengaines, encore des rengaines qui nous bassinent avec toutes ces vieilles choses vues et revues : le brouillard du matin, l’odeur des pommes, les noix, les raisins, les feuilles mortes et le vent qui fait claquer les portes et les beaux jours qui sont finis !

     

    -       Mais tu ne comprends donc rien, c’est comme un rendez-vous qu’on ne doit pas manquer, quelque chose qui te prend tout entier, qui te fait vibrer, qui te rend vivant, joyeux, qui illumine tes journées !

     

    -       Ce n’est pas ça qui va remplir notre garde-manger ! Et puis l’automne, ça te file entre les pattes, tu n’as pas le temps de dire ouf qu’il est déjà passé. Je ne te comprends pas chérie, il n’y a vraiment que toi pour tenir de pareils discours !

     

    -        Et le désir, tu en fais quoi du désir ?

     

    -        Mais ma parole on dirait que tu as 10 ans !

     

    -       Et pourquoi pas, c’était si beau cette énergie, toutes ces envies, ces gestes fous que l’on faisait sans se préoccuper du qu’en-dira-t-on. Les choses étaient tellement simples. Oui je rêve encore de me rouler dans les herbes folles au milieu des grillons, oui, j’ai envie encore de fouler les feuilles mortes, de les lancer en l’air comme un feu d’artifice, de  regarder le feston de givre qui borde les corolles des dernières ombelles. J’en ai assez de subir le décompte des jours coincée de ce satané terrier qui sent le renfermé. Tu me parles de confort et moi je te parle de vie, tu entends de vie ! Et que tu le veuilles ou pas, cet hiver je pars au bord de la mer!

     

    -        Au bord de la mer? Mais tu es complètement folle, c’est contraire au règlement !

     

    -       Le règlement ? Le règlement je m’en tamponne, j’ai passé l’âge d’obéir au règlement. Désormais, le règlement c’est moi qui l’écris. De toute façon avec le réchauffement climatique cette notion de saisons est totalement dépassée alors moi, je sors, je profite de l’automne et je vais aussi profiter de l’hiver. Qu’est-ce que tu dis ?

     

    -           Rien, je siffle !

     

    -         J'ai quelque peu détourné la consigne de Quichottine qui parlait de " commères" et je me suis aperçue après coup que j'avais écrit un texte qui fait écho à celui d'ABC. J'espère qu'elles me pardonneront toutes les deux.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 9 Décembre 2013 à 09:41

    Clin d'œil !!!

    Dans la vie c'est important de se compléter !!!!!!!!!!!!!!!

    2
    mpolly
    Lundi 9 Décembre 2013 à 10:12
    mpolly

    Très envie de faire comme elle, aller danser dans les feuilles, d'avoir 10 ans encore... alors que le pantouflard ne voit plus rien de la beauté de la vie.

     

    Qu'il siffle donc, ça fait musique pour farandole.

    3
    Lundi 9 Décembre 2013 à 10:36

    il n'y a donc pas que chez les êtres humains que l'on trouve des commères !!!

    Ton illustration est bien belle et ton texte aussi

    4
    Lundi 9 Décembre 2013 à 11:30

    Bravo, les pipelettes !

    5
    Lundi 9 Décembre 2013 à 11:57

    bonjour, mon Aza
    un magnifique détournement de consigne !
    c'est léger, pimpant...
    amusant

    je ne sais comment aborder ce sujet !

    je vais y réfléchir...
    bonne journée
    bisous d'amitié
    jean-marie 

    6
    Lundi 9 Décembre 2013 à 13:36

    Je trouve que vous avez bien fait... Si le titre de la photo d'Annie était "les commères", rien n'empêche de les différencier par leur sexe. Une marmotte peut être elle ou lui...

     

    Vos deux textes sont différents, je les ai appréciés tous les deux.

    Bises et douce journée Azalaïs.

    7
    Lundi 9 Décembre 2013 à 15:04

    Un texte plaisant à lire, drôle  bien écrit ...et tellement vrai beaucoup de couples peuvent se reconnaître...

    Merci Azalaïs

    Belle journée

    8
    Joëlle C.
    Lundi 9 Décembre 2013 à 20:54

    Excellent !... bien agréable lecture merci pour ces sourires Azalaïs, bises !

    9
    Lundi 9 Décembre 2013 à 21:42
    erato:

    Je me suis régalée ! Un vieux couple à la fenêtre de la vie et des saisons , un conte magnifique et tellement expressif.Bravo!

    Douce nuit Azalaïs

    10
    Mardi 10 Décembre 2013 à 06:56

    le yin et le yang .... un couple qui ne doit pas s'ennuyer !
    j'ai souri plus d'une fois, même un peu ri ...
    et non, on ne se lasse pas des sensations de l'automne .... un truc de filles ?? :-)
    bises et belle journée à toi

    du coup je file chez abc ...

    11
    Mardi 10 Décembre 2013 à 13:49

    elles n'ont plus qu'à travailler toutes les 2 et aller ensuite se promener et tout le monde sera OK

    12
    Dimanche 15 Décembre 2013 à 10:13

    Le raisonnable et le merveilleux ont du mal à coopérer...

    13
    Dimanche 15 Décembre 2013 à 10:57

    c'est parfois difficile d'allier les désirs de chacun quand on est un vieux couple, il faut parfois se faire violence pour ne pas s'encrouter!

    merci à tous

    14
    Lundi 16 Décembre 2013 à 18:56

    Superbe une fois encore . Pas facile de s'adapter à tout à chacun, mais celui qui le veut s'en sort bien mieux 

    Bisous

    15
    Mardi 17 Décembre 2013 à 16:24

    C'est joliment écrit et semé d'espièglerie: j'aime!

    Tina O

    16
    Mercredi 18 Décembre 2013 à 14:24

    Sourire, y a tjs un grincheux dans le couple, merci pour chez moi, bien amicalement, jill

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