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    Les arbres lentement

    Soulèvent dans leurs bras

    Des lambeaux de vent doux.

    Les feuilles effleurées

    Fredonnent un air léger,

    Cantilène champêtre 

    Pour des nuées chagrines

    Cernées de gris de Payne

    Et la vague des blés

    Qui franchit la colline

    Accueille dans ses flancs

    La joie sourde et feutrée

    De la brise câline

     

     

     


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    Sur le chemin parfois

    Entre deux flaques d’eau

     Vadrouillent

    De drôles d’animaux :

     

    Animaux en chemin

     

    Des dromadaires

    En sombrero

    Ou chameaux

    En  poncho

     

    Animaux en chemin

     

    Des escargots

    Rougeauds

    Leur fardeau

    Sur le dos,

     

    Animaux en chemin

     

    Des manchots

    Sautent-ruisseaux

    À la recherche

    D’un radeau,

     

    Animaux en chemin

     

    Et aussi

    Des oiseaux

    Chemineaux,

    Leurs ailes

     Sous le vent,

    Libres, joyeux,

    D’aller vers le couchant.

     


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    Cardère

     

    Chez dame cardère*

    Au cabaret des oiseaux

    La coupe est toujours pleine

     

    La cardère est une sorte de chardon, dont on utilisait autrefois les têtes pour carder différents tissus. Le langage populaire lui a donné le nom de « cabaret des oiseaux », vous devinez pourquoi.


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    Montjoies

     

    J’ai ajouté ma pierre au montjoie* qui borde le chemin, une pierre qui dirait un merci empli de gratitude pour la joie d’être là, une pierre mémoire en souvenir de mon passage, sans doute aussi une prière, une offrande, un signe à l’esprit du chemin qui m’appelle et me donne des ailes. Petit caillou perdu dans cet amas désordonné, chaleureux, amical, qui me lie en secret au mystère des sentes, me réchauffe le cœur, m’unissant à jamais à mes frères en route et m’invitant pas après pas, à renaître à l’essentiel : le beau, le vrai, le partage, la pure joie de se sentir vivant avec pour toute escorte, le silence d’or pur qui s’accorde au bruit tranquille de mon souffle.

    Un geste simple, dépourvu de toute valeur marchande. Aucune quête de reconnaissance dans cet ajout secret, juste le don infime d’une inconnue qui espère par ce petit acte de présence rejoindre les forces vives de la terre et du ciel afin de retrouver l’émerveillement des origines.

     

    Montjoies

     

    On peut juger cet enchaînement de gestes parfaitement ridicule. Il faut tout d’abord, chercher des yeux un petit caillou qui vous plaise, se baisser ensuite pour le ramasser, repérer enfin un endroit pour le caler de telle sorte qu’il reste le plus longtemps possible, collé, serré contre les autres et sans commettre le sacrilège de les faire tomber. Mais moi j’y vois le symbole de ce dépouillement extrême qui s’opère en moi, pas après pas, chemin après chemin, montjoie après montjoie, caillou après caillou comme si je déposais là ce qui m’encombre, ce qui me pèse, ce qui fait mal, les soucis, les regrets, les illusions perdues, les amitiés déçues, la rumeur des tourments qui habitent mon âme et toutes ces petites vanités dérisoires que l’on astique avec une ferveur teintée de fausse modestie pour se prouver que l’on existe.

     

    Montjoies

     

    Certains gravent des troncs, d’autres dessinent sur les parois des grottes, des immeubles en ruine, écrivent des messages sur les murs des prisons pour tenter à tout prix de laisser une trace visible et signifiante de leur présence au monde. Moi  je dépose un tout petit caillou dans les trous de ces sculptures éphémères en sachant bien qu’il finira par s’échapper un jour pour rejoindre l’anonymat des pierres qui roulent, des pierres que l’on foule, pour s’y cacher, pour s’y dissoudre et pour peut-être réapparaître un jour entre les doigts d’un autre passant épris de  liberté. Qu’importe, j’en garde l’empreinte dans ma main, comme celle d’un enfant qui a grandi trop vite et  dans un coin de ma mémoire, l’image d’un souvenir heureux pour me laver le cœur les jours de trop grande tristesse.

     

    *Le repérage par des tas de pierres a été utilisé depuis des temps préhistoriques mais s'est prolongé sous diverses formes jusqu'à nos jours. L'une d'elles s'appelle « montjoie » de l’Occitan montjoia : il s'agit d'un  monticule de pierres, surmonté ou non d'une croix, placé au bord des chemins par les bergers, les pèlerins pour indiquer la route aux voyageurs. De nos jours, ce mot ancien est largement remplacé par le mot « cairn » mais je lui préfère celui de « montjoie », plus tonique et plus joyeux. Ce signal est aux marcheurs ce que l'amer est aux marins.

     

     

     


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